Historiques
Rappel
Le Jardin du Paradoxe
La parabole du fraisier |
La
parabole du fraisier. Cest un jardin paradoxal où tout semble pousser dans le désordre.
Tout, les roses comme les ronces, les fruits amers comme ceux gorgés de
nectar, les plantes qui guérissent comme les vénéneuses.
Un jour, quelquun décrète que cest assez, que cela
fait trop mauvais genre et quil nest de jardins que ceux bien ordonnés
et tirés au cordeau. Alors, on coupe les vivres, on ferme le puits, on
fauche, on hache, on saccage. On fait place nette. Et propre et belle sur soi.
Une friche où limportant est quil ny ait plus rien à voir,
ni à penser. Cest tellement confortant en ces temps difficiles.
(Comme sil y avait jamais eu dépoque vraiment facile). On chasse les jardiniers. À eux de retrouver une terre, sil
en existe encore. Les jardiniers sont comme leurs fruits, ils ne meurent
jamais, tout juste
séteignent-ils un peu, une fois lhiver venu. Mais ce
nest
quapparence. Ils attendent léveil du fraisier. Le fraisier
est une plante curieuse qui, bien que domestiquée depuis longtemps,
possède
en elle une arme extraordinairement libre : le stolon. Une tige dapparence
inoffensive et qui dort couchée à même le sol avant
de sy
insérer silencieusement. Une tige semblable à leau
qui dort dont on sait pourtant quil faut se méfier. Le jardinier,
tout comme le fraisier, a la patience des saisons. Il nimplore pas
pour naître
demain matin, il attend le printemps idéal pour renaître.
Rien ne réjouit plus le fraisier que dêtre abandonné,
rendu à létat
sauvage. On le laisse là un jour et voici quil revient, quelques
mois plus tard, à quelques mètres de là, aux quatre
points cardinaux, et toujours et chaque année plus nombreux. Il
franchit les haies, perce les murs, rencontre les voisins et sessaime
et sessaime
encore et encore. Le Jardin du Paradoxe est comme un fraisier abandonné. Il
est faux de dire que, du Cirque Divers, il ne reste plus que des ruines.
Non, plus exactement,
il subsiste des vestiges. Et chacun dentre eux est comme ce fraisier
redevenu sauvage, herbe folle et libre doffrir ses fruits à qui
voudra bien se pencher. Le Jardin du Paradoxe est un lieu à géométrie
variable. Ses racines sont les pans des murs préservés
de la destruction. On peut les faire renaître de-ci, de-là et
bien plus loin encore. Le Jardin du Paradoxe sadapte aux dimensions
du lieu où les hôtes
laccueillent. Il sait se faire discret, comme à la dernière
Foire du Livre ou prendre des allures de grand soir comme on la
vu dernièrement à la
Caserne Fonck. À la limite, il suffit dun seul panneau pour
faire revivre le Cirque, tant chaque panneau possède son histoire,
son ambiance, son secret. Chaque panneau est comme le fruit lointain
du fraisier redevenu
sauvage. Le Jardin du Paradoxe est comme une maison que lon transporte où la
certaine gaieté nous chante. Il est ainsi aussi cirque dans le Cirque.
Chapiteau sans chapiteau, il nattend quun toit. Même éphémère
afin découter et dentendre résonner en ses murs les
chants, les paroles, les musiques, les pensées. Les divers. Tout ce qui
fait que les vies sont la vie. Il entend. Il écoute. Le Jardin
du Paradoxe ne pourrait se figer. Il a besoin de toutes les essences
des sens. Le Jardin du Paradoxe na pas de frontières. Il est Zoulou, Mandchou,
Cheyenne, Touareg, Breton, ajoutez-y tout le monde possible. Il est jardin de
totale osmose. Il est de sangs mêlés et de pensées partagées.
Son identité évolue constamment.
Le Jardin du Paradoxe résiste aux tempêtes, aux orages, aux gelées
de juillet, aux sécheresses de décembre. Aux cyclones quotidiens
qui aiment laver plus blanc que rien. Il est vents et marées contre pensée
commune et train-train bienveillant. Le Jardin du Paradoxe est musicien, acteur, écrivain, peintre, sculpteur.
Il est aussi main à la pâte, souffle de charbon, haleine de fourneau,
odeur de céréale, tristesse ou joie de chaque jour. Tour à tour
fête du deuil ou deuil de la fête... |
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